11 février 2026

première de la symphonie n°9 d’anton bruckner, il y a 123 ans aujourd’hui



 

Le 11 février 1903, il y a 123 ans aujourd’hui, était créée à Vienne, la Symphonie n°9 d’Anton Bruckner

 

La Symphonie n°9 d’Anton Bruckner (inachevée) est souvent considérée comme l’aboutissement de son style. Bruckner l’a dédiée « au Bon Dieu », et cela s’entend. L’œuvre a une dimension quasi religieuse, proche d’une cathédrale sonore. Le ton est grave, contemplatif, souvent mystique. L’Adagio final est l’un des sommets de la musique sacrée non liturgique du XIXe siècle. Comme dans ses dernières symphonies, Bruckner construit de vastes formes, des longues progressions, des accumulation de tensions, des climax massifs suivis de silences expressifs. On a l’impression d’une construction en blocs sonores, très structurée mais respirante. La 9e annonce déjà le XXe siècle par ses harmonies audacieuses, parfois presque dissonantes, ses couleurs sombres et profondes, son importance des cuivres et des contrastes dynamiques. Certains passages préfigurent Mahler, voire Schönberg.

 

Chaque mouvement a une identité très forte : 1er mouvement : tragique, tendu, presque métaphysique ; scherzo brutal, obsessionnel, avec un rythme implacable ; adagio méditatif, douloureux, souvent perçu comme un adieu à la vie. Bruckner meurt avant d’écrire le 4e mouvement. La symphonie s’arrête sur l’Adagio, ce qui lui donne une dimension testamentaire. Beaucoup y voient une conclusion spirituelle suffisante, presque voulue. On y retrouve tout ce qui fait Bruckner, foi profonde, sens des grandes architectures, travail des cuivres, alternance de monumental et d’intime, tension entre tradition (Beethoven, Wagner) et modernité.

 

La Symphonie n°9 d’Anton Bruckner est remarquable par sa profondeur spirituelle, son architecture gigantesque, son langage harmonique avancé et son émotion quasi testamentaire.Elle est souvent considérée comme l’une des grandes symphonies « métaphysiques » de l’histoire, au même titre que la 9e de Mahler.

 



L'Orchestre national de France dirigé par Bernard Haitink interprète la Symphonie n°9 en ré mineur d'Anton Bruckner.

0:00 Début du concert 1:14 I. Feierlich, misterioso 27:14 II. Scherzo. Bewegt, lebhaft - Trio. Schell 38:22 III. Adagio. Langsam, feierlich

 

Enregistré le 23 février 2015 à l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

 



ANTON BRUCKNER Sinfonie Nr. 9 d-Moll

00:00 I. Feierlich. Misterioso 00:04 II. Scherzo. Bewegt, lebhaft - Trio. Schnell 27:44 III. Adagio. Langsam, feierlich 39:07

 

NDR Sinfonieorchester

Günter Wand, Dirigent

 

Schleswig-Holstein Musik Festival, Lübeck 2001

 



Symphonie n° 9 en ré mineur d'Anton Bruckner

00:00:00 I. Allegro moderato 00:23:54 II. Scherzo. Mouvementé, vif - Trio. Rapide 00:34:31 III. Adagio. Solennellement lent ; mais pas traînant

 

Orchestre symphonique de la WDR

Jukka-Pekka Saraste., conductor

 

Enregistré en direct le 17 septembre 2011 à la Philharmonie de Cologne.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Symphonie_no_9_de_Bruckner

 

Anton Bruckner était sujet à de nombreuses névroses et troubles obsessionnels compulsifs, dont un besoin de compter tout et n’importe quoi : les feuilles sur un arbre et les brins d'herbe, les fenêtres d’un immeuble, les pavés d’une rue et bien évidemment les mesures de ses œuvres. À cela s’ajoute un mysticisme associé aux numéros et en particulier au chiffre 9, symbole de perfection mais aussi de la "malédiction de la neuvième", superstition selon laquelle chaque compositeur depuis Beethoven, meurt après la composition de sa 9ème symphonie. Après plusieurs années de révisions et de doutes, Bruckner ne termina jamais sa neuvième symphonie, qu’il dédia à Dieu.

Parmi ses différentes névroses et obsessions, Bruckner exprime une fascination marquée pour la mort et surtout pour les corps des défunts. Il garde chez lui une photo de sa mère décédée et visite régulièrement des salons funéraires et des cimetières afin d’observer les dépouilles d’inconnus. Lors du transfert en 1888 des restes de Beethoven et de Schubert au cimetière central de Vienne, Bruckner insiste pour être présent et aurait même touché les crânes des deux compositeurs. Sa propre mort n’est pas moins fascinante et Bruckner laisse de nombreuses instructions précises pour son propre corps après son décès. D'abord exposé à l'église Saint-Charles de Vienne, il est ensuite momifié par le professeur et médecin autrichien Richard Paltauf, puis transféré cinq jours plus tard au monastère de sa ville natale à Linz. Un siècle plus tard, lors des préparatifs du centenaire de Bruckner, il s’avère que corps momifié a commencé à se décomposer. Le corps de Bruckner est alors envoyé en secret en Suisse afin d’être restauré.

(Léopold Tobisch, vendredi 30 août 2024)

 

10 février 2026

la pianiste chinoise, yuja wang, a 39 ans aujourd’hui

  



 

Le 10 février 1987, il y a 39 ans aujourd’hui, naissait à Pékin, la pianiste chinoise, Yuja Wang.

 

Yuja Wang est considérée comme l’une des pianistes les plus impressionnantes de sa génération. Elle possède une technique spectaculaire : vitesse, précision, puissance et contrôle extrême du clavier. Elle peut aborder des œuvres très complexes (Rachmaninov, Prokofiev, Liszt) avec une aisance rare. Même dans les passages les plus rapides, chaque note reste lisible. Son articulation est nette et très maîtrisée, ce qui rend son interprétation particulièrement intelligible. Elle sait produire une grande variété de couleurs et de nuances, du pianissimo très délicat à des passages extrêmement puissants, sans dureté. Yuja Wang ne joue pas de manière « neutre » : elle prend des risques, propose des tempos audacieux, des contrastes forts. Cela donne des interprétations très vivantes, parfois surprenantes, mais rarement fades. Elle est capable de remplacer un programme entier à la dernière minute et de jouer des concertos très exigeants sans partition — ce qui impressionne beaucoup le monde musical. Son charisme sur scène est notable : elle dégage de l’énergie, de la concentration et une certaine audace artistique qui captent le public. Elle contribue à rendre la musique classique plus accessible et actuelle, notamment par son image, ses choix de programmes et ses collaborations.

 



Yuja Wang - Variations on the Turkish March

 



Yuja Wang:  Gershwin Rhapsody in Blue

 

Camerata Salzburg conducted by Lionel Bringuier

 

Salzburger Festspiele, Aug 12, 2016

 



Yuja Wang, Ravel, Piano Concerto in G majot

 

I. Allegramente 00:00 II. Adagio assai 08:33 III. Presto 17:23

 

Encore: Philip Glass - Études: No. 6 23:00

 

Orchestre de Paris

Klaus Mäkelä, conductor

 

Live recording: 4/10/2023 | Philharmonie de Paris.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yuja_Wang

 

Mon avis : des pianistes talentueux parcourent le monde et ce n’est pas leur faire injure que d’écrire que Martha Argerich est subjectivement la plus grande même si deux ou trois autres sont du même gabarit. Je place Yuja Wang dans un monde tout à fait à part. Avant d’être pianiste, elle est un génie de l’analyse et de l’interprétation. Et si tout passe par son regard et par son sourire - ce qui est assez rare - c’est qu’elle  renvoie a l’auditeur les tréfonds de son âme qui n’est que musique. Pour moi, LA pianiste de ce début du XXIe siècle.

09 février 2026

la soprano américaine, leontyne price, a 99 ans aujourd’hui

  



 

Le 9 février 1927, il y a 99 ans aujourd’hui, naissait à Laurel (Mississipi), la soprano américaine Leontyne Price

 

Leontyne Price est considérée comme l’une des plus grandes sopranos du XX siècle, surtout dans le répertoire italien (Verdi, Puccini). Sa voix est célèbre pour sa chaleur et sa couleur sombre, presque « crémeuse », particulièrement émouvante dans le médium. Elle pouvait projeter facilement au-dessus d’un grand orchestre sans forcer. Signe de chant est exceptionnelle : phrasé long, legato très soigné, grande musicalité, ses aigus sûrs et brillants : pas métalliques, mais pleins et expressifs, sa diction claire : aussi bien en italien qu’en anglais ou en français. Elle incarnait ses rôles avec profondeur, notamment les héroïnes verdiennes (Aida, Leonora, Desdemona), avec le respect des traditions belcantistes et verdiennes, sans effets excessifs. Sa présence scénique était noble : élégance, charisme naturel, autorité dramatique, son émotion communicative : capacité à transmettre la douleur, la dignité ou la tendresse sans surjeu.

 

Elle a été une figure majeure au Metropolitan Opera et l’une des premières grandes chanteuses afro-américaines à s’imposer durablement sur les plus grandes scènes internationales. Son interprétation de Verdi reste une référence discographique pour de nombreux rôles.

 



Leontyne Price - Récital à San Francisco

 

Mozart - Le Nozze di Figaro : Dove Sono

Verdi - Aïda : Ritorna Vincitor

Richard Strauss - Vier Letzte Lieder

Verdi - La Forza del Destiono : Pace, Pace Mio Dio

Puccini - Manon Lescaut : In Quelle Trine Morbide

Puccini - La Rondine : Chi Il Bel Sogno di Doretta

 

San Francisco Symphony orchestra

Conductor - Seiji Ozawa

 

February 28, 1970

 



Giuseppe Verdi, Aida

Act I 00:00 Act II 00:42:26 Act III 01:25:12 Act IV 01:57:51

 

Aida: Leontyne Price

Radamès: Jon Vickers

Amneris: Rita Gorr

Amonasro: Robert Merrill

 

Orchestra e Coro del Teatro dell'Opera di Roma

Conductor: Sir Georg Solti

 

Decca, 1962

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Leontyne_Price

 

À l’apogée de sa carrière (surtout années 1950-1970), Leontyne Price dominait le répertoire soprano dramatique et lyrique-spinto — Verdi en particulier — et ses « concurrentes » étaient surtout les grandes sopranos internationales qui se partageaient les mêmes rôles et scènes (Met, Scala, Vienne, etc.). Martina Arroyo – soprano verdienne, parfois perçue comme une héritière ou rivale dans Aida, Trovatore, etc. Grace Bumbry – davantage mezzo puis soprano dramatique, carrière internationale comparable, forte présence scénique. Shirley Verrett – mezzo-soprano devenue soprano dramatique, active dans Verdi également. Renata Tebaldi – immense soprano lyrique-spinto italienne, associée au Met et à La Scala ; comparaison fréquente dans Verdi et Puccini. Montserrat Caballé – soprano espagnole, célèbre pour le bel canto et Verdi ; autre grande star internationale des années 60-70. Mirella Freni – plus lyrique que Price, mais partage de grandes scènes et de productions importantes. Antonietta Stella – soprano verdienne italienne des années 50-60.

 

La grande « rivale » médiatique… mais différente vocalement était Maria Callas – souvent évoquée comme rivale symbolique dans la presse, mais en réalité leurs répertoires et styles divergeaient. Callas : tragédienne, bel canto, expression dramatique extrême ; Price : timbre opulent, ligne verdienne idéale, beauté vocale « classique ». Leontyne Price n’avait pas toujours de « rivale directe » unique, car elle dominait un créneau précis : soprano verdienne afro-américaine majeure, voix très homogène et somptueuse, immense prestige au Metropolitan Opera (notamment Aida, Il Trovatore, La Forza del destino)

 

Beaucoup de critiques la considéraient comme la référence absolue dans Verdi dans les années 1960, plus que comme une simple concurrente parmi d’autres.

06 février 2026

première de la symphonie n°3, dites « rhéane » de robert schumann

  



 

Le 6 février 1851, il y a 175 ans aujourd’hui, était créée à Düsseldorf, la Symphonie n°3, dites « Rhéane », de Robert Schumann.

 

La Symphonie n°3 de Robert Schumann, dite « Rhénane » (1850), est souvent considérée comme l’une de ses œuvres orchestrales les plus abouties. Schumann s’inspire de la région du Rhin après son installation à Düsseldorf. La symphonie évoque des paysages grandioses, la vie rhénane, une atmosphère festive et spirituelle. Elle ne raconte pas une histoire précise, mais transmet des impressions et émotions, presque comme un tableau sonore. Contrairement à l’image parfois tourmentée de Schumann, cette symphonie dégage un élan vital, une joie expansive, une écriture brillante et lumineuse. Le premier mouvement, notamment, est porté par un thème ample et noble, très caractéristique.

 

Schumann a parfois été critiqué pour son orchestration, mais ici les cuivres jouent un rôle majestueux, les bois apportent des couleurs chaleureuses, les contrastes dynamiques sont très marqués. Le quatrième mouvement, inspiré d’une cérémonie dans la cathédrale de Cologne, se distingue par une sonorité solennelle et quasi sacrée. Contrairement à la forme classique en quatre mouvements, la « Rhénane » en compte cinq : 1. Vif et héroïque, 2. Scherzo inspiré de danses populaires, 3. Mouvement lyrique et intime, 4. Épisode solennel et religieux, 5. Final énergique et triomphant. Cette structure renforce l’impression de parcours émotionnel et paysager. La symphonie illustre bien le style de Schumann : romantisme expressif, thèmes chantants, mais aussi rigueur héritée de Beethoven. Elle combine élan émotionnel et construction solide avec une identité sonore très marquée : écriture thématique dense, transitions organiques, importance du climat plutôt que du spectaculaire.

 



La Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 97 de Robert Schumann, la « Symphonie rhénane », interprétée par l'Orchestre symphonique de la WDR sous la direction du chef d'orchestre Petr Popelka.

00:00:00 I. Vif 00:09:19 II. Scherzo. Très modéré 00:15:30 III. Pas rapide 00:20:39 IV. Solennel 00:25:36 V. Vif

 

Enregistré en direct le 14/03/2025 à la Philharmonie de Cologne.

 



Robert Schumann, SYMPHONY NO. 3 in E-flat major, Op. 97, 'Rhenish' (ed. Mahler)

I. Lebhaft (0:00) II. Scherzo. Sehr mäßig (9:28) III. Nicht schnell (16:04) IV. Feierlich (21:37) V. Lebhaft (27:09)

 

Boston Symphony Orchestra

ERICH LEINSDORF, conductor

 

Recording: Symhony Hall, Boston, December 18, 1964

 

En 1851, Robert Schumann est marié à la pianiste et compositrice Clara Schumann (née Wieck), avec qui il forme un couple très uni, mais soumis à de fortes contraintes professionnelles et familiales. Le couple vit alors en Allemagne (ils s’installent cette année-là à Düsseldorf, où Robert devient directeur musical). Ils ont déjà plusieurs enfants : Marie (née en 1841), Elise (1843), Julie (1845), Ludwig (1848), Ferdinand (1849). Un autre enfant, Eugenie, naît en décembre 1851. Leur fils Emile, né en 1846, est mort en bas âge en 1847. Clara mène une carrière active de pianiste, souvent en tournée, ce qui l’oblige à s’absenter régulièrement. Robert, de son côté, travaille intensément comme compositeur et chef d’orchestre, tout en commençant à souffrir de troubles psychiques qui s’aggraveront dans les années suivantes.

30 janvier 2026

le baryton canadien, gerald finley, a 66 ans aujourd’hui



 

Le 30 janvier 1960, il y a 66 ans aujourd’hui, naissait à Montréal le baryton canadien, Gerald Finley.

 

Gerald Finley est largement reconnu comme l’un des barytons les plus accomplis et admirés de sa génération, apprécié pour une combinaison rare de qualités vocales, techniques et d’interprétation artistique. Sa voix est souvent décrite comme chaleureuse, à la fois riche et veloutée, avec une belle résonance sur toute l’étendue du registre. Il maîtrise la respiration, les transitions entre registres et la ligne vocale avec une fluidité rare, ce qui donne des phrases longues et naturelles. Son chant allie précision musicale et diction très compréhensible, ce qui est particulièrement valorisé en lieder et mélodies. Il ne se contente pas de chanter juste ; il est reconnu pour son art dramatique et son intelligence d’interprétation, intégrant la musique et le texte avec sensibilité. Il est à l’aise dans un répertoire extrêmement large — du Mozart classique au Verdi, Wagner, Adams contemporain, et même la mélodie et le lied en plusieurs langues. Que ce soit des rôles comiques de Mozart, des personnages tourmentés de Verdi ou des rôles dramatiques modernes, il apporte profondeur psychologique et engagement scénique. 

 

Il a remporté plusieurs prix prestigieux (dont un Grammy Award) et est considéré comme une référence actuelle dans son art. Il est également reconnu pour sa personnalité humble, son engagement artistique et sa curiosité envers la musique nouvelle. 

 



Franz Schubert: An die Musik (orch. Reger)

 

Gerald Finley, bass-baritone

Berliner Philharmoniker

Daniel Harding, conductor

 

Recorded at the Berlin Philharmonie, 3 March 2018

 



Richard Wagner, Parsifal Amfortas: "Wehe! Wehe mir der Qual!"

 

Amfortas — Gerald Finley

Titurel — Jongmin Park

Orchestra of the Vienna State Opera

Semyon Bychkov, conductor

 

(Recorded 13th April, 2017, Vienna State Opera)

 



Mozart, Don Giovanni Act I, Finch'han dal vino

 

Gerald Finley (Don Giovanni)

Orchestra of the Age of Enlightenment

Vladimir Jurowski conductor r

 

Recorded at Glyndebourne, Lewes, Great Britain in 2010

 

En savoir plus…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gerald_Finley

 

29 janvier 2026

première des « kindertotenlieder » de gustav mahler, il y a 121 ans aujourd’hui


  


 

Le 29 janvier 1921, il y a 121 ans, étaient créés à Vienne, les « Kindertotenlieder », cinq lieder pour voix et orchestre, de Gustav Mahler.

 

Les Kindertotenlieder (1901–1904) de Gustav Mahler sont particuliers par leur sujet, leur traitement musical, leur place dans l’histoire du lied et par leur dimension existentielle. Le cycle met en musique cinq poèmes de Friedrich Rückert, écrits après la mort de deux de ses enfants. Mahler choisit donc un thème presque insoutenable : le deuil parental. À l’époque, traiter aussi directement la mort d’enfants dans une œuvre vocale n’est pas courant. Mahler en fait un sujet artistique majeur, sans sentimentalisme. Contrairement à beaucoup de musiques funèbres du XIXe siècle, Mahler évite l’emphase : pas de grandes explosions lyriques permanentes, une douleur contenue, une atmosphère de silence et de retenue L’originalité tient dans cette manière de suggérer la souffrance plutôt que de la montrer.

 

Mahler orchestre les lieder (ce ne sont pas de simples mélodies avec piano) en employant un orchestre est réduit, transparent, souvent chambriste. Il utilise des couleurs instrumentales très fines : hautbois plaintif, cor lointain, cordes voilées, absence fréquente de tutti. L’orchestre devient un espace psychologique, pas un accompagnement décoratif. Il transforme ainsi  le genre du lied. Ce ne sont plus des miniatures intimistes mais des poèmes symphoniques en miniature. On y retrouve des procédés symphoniques comme les motifs récurrents, les transitions longues, l’architecture globale du cycle. Les Kindertotenlieder se situent entre musique vocale et symphonie. L’originalité expressive du cycle vient de son ambiguïté : la musique cherche l’apaisement mais ne trouve jamais une résolution complète. Même le dernier lied, censé être plus lumineux, reste fragile. Mahler ne propose pas une consolation religieuse nette, mais une consolation humaine incertaine.

 

Mahler compose cette œuvre alors que ses propres enfants sont encore vivants. Mais en 1907, sa fille Maria meurt. Cela a renforcé l’impression que cette musique touche à une vérité universelle, presque prophétique. Les Kindertotenlieder annoncent le XXe siècle par une harmonie instable, des dissonances expressives, des tonalités flottantes. Mahler explore une musique du traumatisme intérieur, proche de ce que feront plus tard Berg ou Schoenberg. L’originalité des Kindertotenlieder réside dans leur capacité unique à unir un thème radical (la mort des enfants), une expression retenue et intérieure, une orchestration d’une finesse exceptionnelle, une forme entre lied et symphonie, une modernité émotionnelle et harmonique. C’est l’un des cycles les plus bouleversants de toute la musique vocale occidentale.

 



Gustav Mahler - Kindertotenlieder

00:00:26 1. Nun will die Sonn‘ so hell aufgehn 00:06:48 2. Nun seh‘ ich wohl, warum so dunkle Flammen 00:12:10 3. Wenn dein Mütterlein 00:17:44 4. Oft denk‘ ich, sie sind nur ausgegangen 00:20:38 5. In diesem Wetter, in diesem Braus

 

Brigitte Fassbaender, Mezzosopran

Sinfonieorchester des Norddeutschen Rundfunks

Klaus Tennstedt, Dirigent

 

Live aufgezeichnet am 20. Mai 1980 im Kieler Schloss.

 



Gustav Mahler Kindertotenlieder ("Songs on the Death of Children")

00:00 I. Nun will die Sonn’ so hell aufgeh’n ("Now the sun wants to rise as brightly") 06:14 II. Nun seh’ ich wohl, warum so dunkle Flammen ("Now I see why with such dark flames") 11:59 III. Wenn dein Mütterlein ("When your mama") 17:05 IV. Oft denk’ ich, sie sind nur ausgegangen! ("I often think that they have just stepped out") 20:32 V. In diesem Wetter ("In this weather")

 

Christa Ludwig, mezzo-soprano

Berliner Philharmoniker

Herbert von Karajan, conductor

 

Studio recording, 1975

 

En savoir plus…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kindertotenlieder_(Mahler)