Le 11 février 1903, il y a 123 ans aujourd’hui, était créée à Vienne, la Symphonie n°9 d’Anton Bruckner
La Symphonie n°9 d’Anton Bruckner (inachevée) est souvent considérée comme l’aboutissement de son style. Bruckner l’a dédiée « au Bon Dieu », et cela s’entend. L’œuvre a une dimension quasi religieuse, proche d’une cathédrale sonore. Le ton est grave, contemplatif, souvent mystique. L’Adagio final est l’un des sommets de la musique sacrée non liturgique du XIXe siècle. Comme dans ses dernières symphonies, Bruckner construit de vastes formes, des longues progressions, des accumulation de tensions, des climax massifs suivis de silences expressifs. On a l’impression d’une construction en blocs sonores, très structurée mais respirante. La 9e annonce déjà le XXe siècle par ses harmonies audacieuses, parfois presque dissonantes, ses couleurs sombres et profondes, son importance des cuivres et des contrastes dynamiques. Certains passages préfigurent Mahler, voire Schönberg.
Chaque mouvement a une identité très forte : 1er mouvement : tragique, tendu, presque métaphysique ; scherzo brutal, obsessionnel, avec un rythme implacable ; adagio méditatif, douloureux, souvent perçu comme un adieu à la vie. Bruckner meurt avant d’écrire le 4e mouvement. La symphonie s’arrête sur l’Adagio, ce qui lui donne une dimension testamentaire. Beaucoup y voient une conclusion spirituelle suffisante, presque voulue. On y retrouve tout ce qui fait Bruckner, foi profonde, sens des grandes architectures, travail des cuivres, alternance de monumental et d’intime, tension entre tradition (Beethoven, Wagner) et modernité.
La Symphonie n°9 d’Anton Bruckner est remarquable par sa profondeur spirituelle, son architecture gigantesque, son langage harmonique avancé et son émotion quasi testamentaire.Elle est souvent considérée comme l’une des grandes symphonies « métaphysiques » de l’histoire, au même titre que la 9e de Mahler.
L'Orchestre national de France dirigé par Bernard Haitink interprète la Symphonie n°9 en ré mineur d'Anton Bruckner.
0:00 Début du concert 1:14 I. Feierlich, misterioso 27:14 II. Scherzo. Bewegt, lebhaft - Trio. Schell 38:22 III. Adagio. Langsam, feierlich
Enregistré le 23 février 2015 à l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).
ANTON BRUCKNER Sinfonie Nr. 9 d-Moll
00:00 I. Feierlich. Misterioso 00:04 II. Scherzo. Bewegt, lebhaft - Trio. Schnell 27:44 III. Adagio. Langsam, feierlich 39:07
NDR Sinfonieorchester
Günter Wand, Dirigent
Schleswig-Holstein Musik Festival, Lübeck 2001
Symphonie n° 9 en ré mineur d'Anton Bruckner
00:00:00 I. Allegro moderato 00:23:54 II. Scherzo. Mouvementé, vif - Trio. Rapide 00:34:31 III. Adagio. Solennellement lent ; mais pas traînant
Orchestre symphonique de la WDR
Jukka-Pekka Saraste., conductor
Enregistré en direct le 17 septembre 2011 à la Philharmonie de Cologne.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Symphonie_no_9_de_Bruckner
Anton Bruckner était sujet à de nombreuses névroses et troubles obsessionnels compulsifs, dont un besoin de compter tout et n’importe quoi : les feuilles sur un arbre et les brins d'herbe, les fenêtres d’un immeuble, les pavés d’une rue et bien évidemment les mesures de ses œuvres. À cela s’ajoute un mysticisme associé aux numéros et en particulier au chiffre 9, symbole de perfection mais aussi de la "malédiction de la neuvième", superstition selon laquelle chaque compositeur depuis Beethoven, meurt après la composition de sa 9ème symphonie. Après plusieurs années de révisions et de doutes, Bruckner ne termina jamais sa neuvième symphonie, qu’il dédia à Dieu.
Parmi ses différentes névroses et obsessions, Bruckner exprime une fascination marquée pour la mort et surtout pour les corps des défunts. Il garde chez lui une photo de sa mère décédée et visite régulièrement des salons funéraires et des cimetières afin d’observer les dépouilles d’inconnus. Lors du transfert en 1888 des restes de Beethoven et de Schubert au cimetière central de Vienne, Bruckner insiste pour être présent et aurait même touché les crânes des deux compositeurs. Sa propre mort n’est pas moins fascinante et Bruckner laisse de nombreuses instructions précises pour son propre corps après son décès. D'abord exposé à l'église Saint-Charles de Vienne, il est ensuite momifié par le professeur et médecin autrichien Richard Paltauf, puis transféré cinq jours plus tard au monastère de sa ville natale à Linz. Un siècle plus tard, lors des préparatifs du centenaire de Bruckner, il s’avère que corps momifié a commencé à se décomposer. Le corps de Bruckner est alors envoyé en secret en Suisse afin d’être restauré.
(Léopold Tobisch, vendredi 30 août 2024)





