Le 3 juillet 1930, il y a 96 ans aujourd’hui, naissait à Berlin, le chef d’orchestre allemand, Carlos Kleiber.
Carlos Kleiber, une figure mythique de la direction d’orchestre. est souvent considéré, par ses collègues eux-mêmes, comme l’un des plus grands chefs du XXᵉ siècle. Pourtant, il a dirigé relativement peu de concerts et réalisé peu d’enregistrements. Sa supériorité ne résidait pas dans une érudition plus vaste ou une autorité plus écrasante, mais dans une combinaison de qualités extrêmement rares. La première caractéristique de Kleiber était son sens du rythme. Chez lui, la musique semblait respirer naturellement. Le tempo n’était jamais figé : il vivait, se dilatait ou se resserrait avec une souplesse qui donnait l’impression que l’œuvre naissait à l’instant même. Dans les œuvres de Ludwig van Beethoven ou de Johann Strauss II, il obtenait une pulsation à la fois rigoureuse et incroyablement libre. Peu de chefs sont parvenus à cet équilibre. Les musiciens racontaient qu’un simple geste de Kleiber suffisait à faire comprendre une intention musicale complexe. Sa battue était d’une lisibilité parfaite, élégante, expressive sans jamais être théâtrale. Chaque mouvement de ses mains possédait une signification musicale. Beaucoup de chefs battent la mesure ; Kleiber semblait dessiner directement la musique.
Son exigence était obsessionnelle. C’était probablement son trait le plus célèbre. Il préparait chaque partition pendant des mois, parfois des années. Il refusait les répétitions insuffisantes, les concerts qu’il ne jugeait pas prêts, es engagements qui ne l’inspiraient pas. Cette exigence explique pourquoi son répertoire est resté relativement restreint : il préférait diriger vingt œuvres de façon idéale plutôt que deux cents de façon simplement excellente. Même les meilleurs orchestres changeaient de son sous sa direction. Avec Orchestre philharmonique de Vienne, Orchestre philharmonique de Berlin ou Bayerisches Staatsorchester, les musiciens avaient souvent le sentiment de jouer mieux qu’ils ne pensaient en être capables. Beaucoup racontaient qu’il obtenait une concentration presque électrique.
Chez lui, tout était travaillé, l’équilibre des pupitres, les attaques, les respirations, les nuances les plus infimes. Mais cette perfection ne paraissait jamais artificielle. Elle restait au service de l’émotion. Dans l’opéra, Kleiber possédait un instinct théâtral exceptionnel. Dans Der Rosenkavalier ou La Traviata, l’orchestre devenait un véritable personnage. On avait le sentiment que chaque phrase racontait quelque chose. Son immense exigence avait aussi un prix. Elle provoquait chez lui une grande anxiété, des annulations fréquentes ; un refus presque maladif de la routine. Il pouvait renoncer à un concert simplement parce qu’il estimait ne pas pouvoir atteindre son idéal. Cette attitude fascinait autant qu’elle déconcertait les organisateurs.
Fait révélateur, les plus grands chefs admiraient Kleiber. Claudio Abbado le tenait en très haute estime. Herbert von Karajan admirait sa musicalité, malgré leurs différences de tempérament. Simon Rattle a souvent expliqué qu’assister à une répétition de Kleiber était une leçon de direction. Beaucoup de musiciens disaient qu’après avoir joué sous sa baguette, ils avaient l’impression de redécouvrir des œuvres qu’ils connaissaient pourtant depuis des décennies.
Si l’on devait résumer en une phrase ce qui faisait la supériorité de Carlos Kleiber, je dirais ceci qu’Il ne cherchait pas à imposer sa personnalité à la musique ; il semblait révéler la vie intérieure de la partition avec une évidence et une intensité que très peu de chefs ont approchées. C’est sans doute pourquoi, plus de vingt ans après sa disparition, nombre de chefs et d’instrumentistes continuent de le considérer comme une référence presque inégalée.
https://youtu.be/eSQobZQBsdU?si=_Gl0VIf8y0P1sCOq
Die Fledermaus - Bavarian State Orchestra 1987 - Kleiber Wachter Coburn
https://youtu.be/DfLJ8ow8ctw?si=QBYNSjBVjI7IhMz_
Strauss Der Rosenkavalier-Kleiber-Schenk-Lott-Anne Sofie von Otter-1994






