Le 30 août 1922, il y a 104 ans aujourd’hui, naissait à New-York, la mezzo-soprano américaine, Regina Resnik.
La grande spécificité de Regina Resnik est assez exceptionnelle : elle commença comme soprano dramatique de premier plan, avant de devenir une mezzo-soprano — voire contralto — parmi les plus remarquables de son époque. Elle débute au Metropolitan Opera en 1944 comme soprano, chantant notamment Leonore dans Fidelio, Sieglinde dans Die Walküre ou Donna Anna dans Don Giovanni. Sa voix était alors ample, dramatique et particulièrement solide dans l’aigu. Au début des années 1950, elle constate cependant que le registre grave prend une richesse et une facilité croissantes. Plutôt que de lutter contre cette évolution, elle entreprend un travail technique et, vers 1955-1956, passe au répertoire de mezzo-soprano. Cette reconversion fut une réussite spectaculaire. C’est probablement là que réside sa véritable singularité. Resnik n’était pas seulement une grande voix : elle était une actrice extraordinairement intelligente, capable de construire un personnage jusque dans ses gestes, son regard et sa manière de prononcer un mot.
Sa Carmen était ainsi très différente de la séductrice conventionnelle : sombre, autoritaire, sensuelle mais surtout farouchement indépendante et presque tragique. Elle en donna des centaines de représentations. Elle fut également une mémorable Klytämnestra dans Elektra de Richard Strauss. Avec l’âge, elle transforma ce rôle en véritable étude psychologique : une femme hantée, malade, terrifiée par ses rêves et rongée par la culpabilité. La voix de Resnik n’était pas nécessairement la plus « belle » au sens traditionnel. Elle possédait quelque chose de plus précieux pour le théâtre : une identité. Le timbre était sombre, charnu, légèrement métallique, avec des graves impressionnants et une diction extrêmement expressive. Elle savait surtout colorer chaque phrase en fonction du personnage. Chez elle, la technique vocale était mise au service du texte et du théâtre, ce qui explique son excellence dans des rôles comme Carmen, Amneris (Aida), Eboli (Don Carlo), Fricka (Der Ring des Nibelungen), la Comtesse (La Dame de pique) ou Klytämnestra.
Elle eut en outre une carrière d’une longévité remarquable : après les grands rôles de mezzo, elle passa progressivement aux rôles de caractère, puis à la mise en scène et à l’enseignement.
Regina Resnik fut une soprano dramatique devenue grande mezzo, qui transforma une voix exceptionnellement théâtrale en instrument d’analyse psychologique des personnages. Chez elle, on n’entendait jamais seulement « une belle voix » : on entendait une femme et un personnage. C’est ce qui la distingue assez nettement de contemporaines comme Giulietta Simionato, Fedora Barbieri ou Christa Ludwig.
Regina Resnik sings "Ernani. Ernani, involami" from Ernani, by Giuseppe Verdi.
Regina Resnik sings "So ist es denn aus mit den ewigen Göttern" from Die Walküre by Richard Wagner.
WAGNER, Parsifal
Kundry: Regina Resnik
Parsifal: Jess Thomas
Klingsor: Frans Andersson
Orchestra del Teatro La Fenice di Venezia
André Cluytens, conductor
10.IV.1963








