Le 22 juillet 1909, il y a 117 ans aujourd’hui, naissait à Noicattaro la soprano italienne Lucia Albanese.
L’originalité de Licia Albanese ne résidait pas dans la puissance exceptionnelle de sa voix, comme chez Renata Tebaldi, ni dans la révolution stylistique d’une Maria Callas. Elle incarnait un autre idéal : la vérité dramatique obtenue par la fusion du texte, de la musique et de l’émotion. Elle ne « chantait » pas un personnage : elle semblait le vivre. Chez elle, chaque mot avait une intention dramatique. Les critiques soulignaient qu’elle recréait ses héroïnes plutôt qu’elle ne les interprétait. Son timbre était immédiatement reconnaissable : lumineux, légèrement vibrant, avec une diction italienne d’une grande netteté et une attaque très expressive. Ce n’était pas une voix immense, mais elle possédait une intensité émotionnelle exceptionnelle. Elle expliquait elle-même qu’elle ne pensait jamais les notes de façon abstraite, mais comme des matières différentes : une note devait être « du velours », une autre « du taffetas » ou « de la mousseline ». Cette image révèle combien elle associait la couleur vocale au sens des mots. Elle refusait de reproduire une interprétation identique d’une représentation à l’autre. Elle disait modifier chaque spectacle afin que l’émotion demeure vivante et jamais routinière.
Son nom reste indissociable de Cio-Cio-San dans Madama Butterfly. Elle a chanté ce rôle plus de 300 fois au cours de sa carrière, dont 72 représentations au Metropolitan Opera, où elle fit des débuts triomphaux en 1940. Son professeur, Giuseppina Baldassare-Tedeschi, avait elle-même connu Puccini et lui avait transmis une tradition d’interprétation très proche de celle du compositeur. Ce qui frappait le public n’était pas seulement la beauté du chant, mais la fragilité bouleversante qu’elle donnait à Butterfly. Son physique délicat, son jeu naturel et sa capacité à suggérer l’innocence rendaient le personnage particulièrement crédible. Arturo Toscanini l’appréciait beaucoup. Avec lui, Albanese approfondit encore cette exigence de fidélité au texte et de précision expressive. Les enregistrements qu’ils ont réalisés ensemble demeurent aujourd’hui des références, notamment dans le répertoire de Verdi. Beaucoup de mélomanes considèrent encore aujourd’hui qu’elle fut l’une des plus émouvantes Butterfly du XXᵉ siècle, davantage par son humanité et sa poésie que par l’éclat vocal seul
Giacomo Puccini: Madama Butterfly
Cio-Cio-San: Licia Albanese
Pinkerton: James Melton
Sharpless: John Brownlee
Suzuki: Lucielle Browning
Goro: Alessio De Paolis
Bonze: Osie Hawkins
Yamadori: George Cehanovsky
Kate Pinkerton: Maxine Stellman
Commissioner: John Baker
Orchestra & chorus: Metropolitan Opera
Conductor: Pietro Cimara
19 January 1946







