Le 3 juin 1904, il y a 122 ans aujourd’hui, naissait à
New York, le ténor américain, Jan Peerce.
La principale spécificité de Jan Peerce était d’être
un ténor à la fois héritier du bel canto et doté d’une émission très directe,
brillante et robuste, avec une diction exceptionnellement claire. Contrairement
à beaucoup de ténors héroïques de son époque, il n’avait pas une voix
gigantesque, mais une projection remarquablement efficace et un aigu sûr qui
lui permettaient de chanter aussi bien les opéras italiens que le répertoire
français ou les œuvres de concert.
Il fut également l’un des grands ténors du Metropolitan
Opera au milieu du XXᵉ siècle, tout en restant très
attaché à ses racines juives : il était célèbre pour ses interprétations de
chants liturgiques hébraïques, qu’il enregistrait et chantait en concert
parallèlement à sa carrière lyrique. Cette double carrière de vedette de l’opéra
et de chantre du répertoire juif est assez unique parmi les grands ténors
américains.
Les amateurs apprécient particulièrement chez lui la
franchise de l’émission vocale, la luminosité du timbre, l’intelligibilité du
texte, un style très naturel, peu affecté, une longévité vocale remarquable.
Jan Peerce "Vesti la giubba" on The Ed Sullivan Show, August 16, 1959.
Act I excerpt & "Che gelida manina" from Puccini's
"La bohème" sung by Jan Peerce (Rodolfo), Frank Valentino (Marcello), Nicola Moscona (Colline), George
Cehanovsky (Schaunard), and Licia Albanese (Mimì). Arturo Toscanini
conducts the NBC Symphony Orchestra.
February
3, 1946 radio broadcast from NBC Studio 8-H, New York,
Robert Merrill & Jan Peerce - Invano Alvaro [La forza del destino]
Le 27 mai 1906, il y a 120
ans aujourd’hui, était créée à Essen, la Symphonie n°6 de Gustav Mahler.
La Symphonie n° 6 en la mineur
de Gustav Mahler (1903-1904), souvent surnommée « Tragique » (bien que Mahler
lui-même n’ait pas retenu officiellement ce titre), occupe une place
particulière dans son œuvre pour plusieurs raisons. Contrairement à beaucoup
d’autres symphonies de Mahler, qui traversent des crises pour aboutir à une
forme de rédemption ou de transcendance, la Sixième suit un chemin inverse : elle
commence avec une énergie déterminée et héroïque et se termine dans un
effondrement total, sans consolation ni victoire. C’est la seule de ses grandes
symphonies à se conclure de manière aussi sombre et définitive.
La Sixième est l’une des symphonies
mahlériennes les plus proches du modèle symphonique traditionnel :quatre
mouvements clairement définis, une forte cohérence thématique, une architecture
rigoureuse héritée de Ludwig van Beethoven et de Anton Bruckner.Elle
est moins fragmentée et moins « narrative » que les symphonies n°2, n°3 ou n°8.Mahler est célèbre pour avoir intégré des chœurs et des solistes dans
plusieurs de ses symphonies :n°2 (Résurrection), n°3, n°4,
n°8 (Symphonie des Mille). La Sixième est purement instrumentale, ce
qui renforce son caractère abstrait et implacable.
Dans le premier mouvement apparaît
un thème lyrique que Mahler associait à son épouse, Alma Mahler.Ce
thème lumineux contraste avec la marche sombre qui domine l’œuvre. Ce mélange
entre amour, tendresse et fatalité est une des signatures émotionnelles de la
symphonie.Les coups de marteau du finalesontl’élément
le plus célèbre de l’œuvre.Dans le dernier mouvement, Mahler demande de
gigantesques coups de marteau frappés sur une caisse en bois spécialement
construite.Selon Alma Mahler, ils symboliseraient les coups du destin
frappant un héros. Mahler en avait initialement prévu trois, puis supprima le
troisième avant la publication définitive. Les chefs d’orchestre débattent
encore aujourd’hui du nombre de coups à jouer.
Après la composition de l’œuvre,
plusieurs catastrophes frappèrent Mahler :la mort de sa fille Maria en
1907,la découverte de sa maladie cardiaque,son départ forcé de
l’Opéra de la Cour de Vienne.Cette coïncidence a nourri l’idée que la
Sixième aurait été « prophétique », même si les musicologues considèrent cela
avec prudence.
La Sixième utilise un très grand
orchestre, mais d’une manière différente de la spectaculaire n°8 : beaucoup
de percussions,cloches de vaches (cowbells) évoquant un monde pastoral
lointain,contrastes extrêmes entre violence et intimité.L’effet
recherché n’est pas la grandeur triomphale mais la tension dramatique.
Si l’on devait résumer en une
phrase, la Sixième est la symphonie où Mahler abandonne toute perspective de
salut et met en scène, avec une logique presque inexorable, la défaite d’un
héros face au destin.C’est pourquoi de nombreux chefs d’orchestre et
musicologues la considèrent comme l’une des œuvres les plus puissantes et les
plus dérangeantes du répertoire symphonique, aux côtés de la Symphonie n° 9 de
Beethoven et de la Symphonie n° 9 de Mahler.
La Symphonie n° 6 en la mineur de Gustav Mahler, jouée par l'Orchestre symphonique de la WDR dirigé par Michael
Tilson Thomas.
00:00:00 I. Allegro energico, ma non troppo. Forte, mais concise 00:23:44 II. Scherzo. Puissant - patriarcal. Beaucoup plus
lentement. Grazioso - Tempo I 00:37:25 III. Andante moderato 00:53:58 IV. Final. Allegro moderato
22 février
2008 à la Kölner Philharmonie.
Gustav Mahler, Symphonie n°6
00:50 Allegro
energico, ma non troppo. Heftig, aber markig. 24:45 Andante moderato 39:42 Scherzo: Wuchtig 52:46 Finale: Sostenuto – Allegro moderato – Allegro
energico
Le 22 mai 1813, il y a 213 ans aujourd’hui, naissait à
Leipzig, le compositeur allemand, Richard Wagner.
Richard Wagner a profondément
transformé l’histoire de la musique, surtout l’opéra, mais aussi l’orchestre,
l’harmonie et même la manière de penser l’art. Son influence est immense —
admirée, contestée, parfois controversée — mais impossible à ignorer.
Wagner défend l’idée du Gesamtkunstwerk
: une fusion complète de la musique, du théâtre, de la poésie, des décors et de
la mise en scène. Avant lui, l’opéra était souvent construit autour d’airs
séparés. Wagner cherche au contraire une continuité dramatique : disparition
des coupures entre récitatifs et airs, orchestre devenu narrateur, drame pensé
comme un tout cohérent. Des œuvres comme L’Anneau du Nibelung ou Tristan et
Isolde ont redéfini ce que pouvait être l’opéra moderne.
Wagner popularise l’usage
systématique du leitmotiv : un motif musical associé à un personnage, une idée,
un objet ou un destin : un thème pour un héros, un autre pour le pouvoir, un
autre pour l’amour ou la fatalité. Cette technique a influencé l’opéra du XXe
siècle, la musique symphonique et surtout la musique de film. Des compositeurs
comme John Williams (dans Star Wars) utilisent des procédés directement hérités
de Wagner.
Avec Tristan et Isolde, Wagner
pousse l’harmonie tonale à ses limites. Le célèbre « accord de Tristan » a
ouvert la voie : fa, si, re#, sol#. Sa musique crée une tension permanente, des
résolutions retardées, une ambiguïté harmonique nouvelle.
Tristan und Isolde - Richard Wagner
Dramma per
musica in tre atti, libretto e musica del compositore, dal poema l poema
Tristan di Gottfried von Straßburg. Prima rappresentazione: Monaco, Teatro
Nazionale, 10 giugno 1865
Le 18 mai 1914, il y a 112 ans
aujourd’hui, naissait à Plovdiv, la basse bulgare, Boris Christoff.
Boris
Christoff était considéré comme l’une des plus grandes basses du XXe siècle,
particulièrement célèbre dans le répertoire russe et slave. Ses qualités
étaient à la fois vocales, dramatiques et linguistiques. Il possédait une voix
de basse très sombre, ample et puissante, avec un timbre immédiatement
reconnaissable. Elle donnait une impression d’autorité naturelle, idéale pour
les rôles de tsars, de moines ou de personnages tragiques, avec un grave très
riche et résonant, une projection énorme, une couleur vocale presque
“nocturne”. Il n’était pas seulement chanteur : il incarnait ses personnages
avec une intensité psychologique remarquable. Dans des rôles comme Boris
Godounov, il donnait une impression de puissance intérieure et de tragédie
presque théâtrale. Beaucoup considèrent qu’il a été l’un des plus grands
interprètes de ce rôle de toute l’histoire de l’opéra.
Boris Christoff
accordait énormément d’importance aux mots. Sa prononciation du russe, du
bulgare ou de l’italien était admirée pour sa clarté expressive. Même sans
comprendre la langue, le public ressentait les intentions dramatiques.Il
excellait particulièrement dans les œuvres de Modeste Moussorgski, Piotr
Ilitch Tchaïkovski, Alexandre Borodine, Sergueï Rachmaninov. Son
interprétation des chants russes est encore aujourd’hui une référence pour
beaucoup de basses. Il avait une présence imposante et une conception
très personnelle des rôles. Cela pouvait parfois le rendre difficile dans le
milieu lyrique, mais cela contribuait aussi à son aura légendaire.
Certains
critiques estimaient que sa voix pouvait devenir rugueuse avec l’âge, que son
chant privilégiait parfois l’expression dramatique au détriment de la pure
beauté du legato, qu’il pouvait être excessif dans certains effets.Mais
pour beaucoup d’amateurs d’opéra, cette intensité faisait précisément sa
grandeur et c’est bien mon avis.
Boris Christoff
a chanté « Boris Godounov » à l’opéra de Lyon au début des années
1960. Le chef d’orchestre programmé, Bruno Bogo (chef à l’opéra de Venise) n’ayant
pu se déplacer, c’est Edmond Carrière, le chef titulaire de l’opéra de Lyon qui
l’a remplacé au pied levé et je lui rends hommage, ici. Boris Christoff a
chanté en Russe. Ses partenaires et les chœurs lui ont répondu en français. J’étais
dans la fosse d’orchestre au poste de 2e trompette.
Le 17 mai 1890, était créé à Rome,
l’opéra de Pietro Mascagni « Cavalleria rusticana ».
« Cavalleria
rusticana « a bouleversé l’opéra italien de la fin du XIXᵉ siècle en
introduisant le vérisme sur scène. Avant cela, beaucoup d’opéras
italiens mettaient en scène des rois, des héros historiques ou des intrigues
nobles. Avec Pietro Mascagni, l’histoire se déroule dans un village sicilien
parmi des paysans, avec la jalousie, l’adultère, la vengeance, la passion
violente, l’honneur blessé. Le sujet paraît presque « brut » et réaliste pour
l’époque.
L’opéra ne
comporte qu’un seul acte. Cette forme condensée crée une intensité dramatique
inhabituelle comme pas de longues intrigues secondaires, une action rapide, une
tension continue jusqu’au duel final. Mascagni utilise une musique lyrique, expressive,
immédiatement accessible, très dramatique. L’orchestre accompagne fortement les
émotions des personnages plutôt que de simplement soutenir le chant. L’«
Intermezzo » orchestral est devenu célèbre pour son contraste : une musique
presque spirituelle au milieu d’une histoire de violence passionnelle. L’action
se déroule le jour de Pâques. L’opéra mêle chants religieux, vie quotidienne du
village, désir, vengeance, fatalité. Ce contraste entre ferveur religieuse et
passions humaines est l’un des éléments les plus marquants de l’œuvre.
« Cavalleria
rusticana » a ouvert la voie à de nombreux opéras véristes, notamment « Pagliacci »
et certaines œuvres de Giacomo Puccini. On joue d’ailleurs souvent « Cavalleria
rusticana » et « Pagliacci » ensemble lors d’une même soirée
d’opéra.
Le15 lai 1567, il y a 449 ans aujourd’hui, naisait
(était baptisé) à Crémone , le compositeur italien Claudio Monterverdi
Claudio
Monteverdi a été le grand pionnier du passage de la musique de la Renaissance à
la musique baroque. Son apport majeur est l’expression dramatique des émotions
par la musique. Il cherche à faire ressentir les passions humaines à travers le
contraste entre les voix et les instruments, une grande liberté expressive, l’usage
du récitatif (chant proche de la parole) et une musique au service du texte. Il
est aussi considéré comme l’un des créateurs de l’opéra moderne, notamment avec
L’Orfeo (1607), où musique et théâtre sont étroitement liés.
L' ORFEO: Favola in Musica
(1607) - Claudio Monteverdi (1567 - 1643).
(Representación de Jordi
Savall y La Capella Reial de Catalunya en el Gran Teatro del Liceo de
Barcelona, 2002)
Le 8 mai 1863, naissait à Tutin
la soprano italienne Cesira Ferrani.
Cesira Ferrani était une soprano italienne très
réputée de la fin du XIXᵉ et du début
du XXᵉ siècle,
particulièrement admirée pour son interprétation du répertoire verdien et
vériste.Née en 1863 à Turin et morte en
1943, elle fit carrière dans les grands théâtres italiens à une époque
charnière de l’opéra italien.Elle fut
associée à des compositeurs importants comme Giuseppe Verdi et surtout Giacomo
Puccini.Elle créa notamment le rôle de Mimì
dans la première turinoise de La Bohème en 1896, sous la direction de Arturo
Toscanini. C’est l’un des épisodes les plus célèbres de sa carrière.Puccini appréciait beaucoup sa musicalité et son
expressivité dramatique ; elle fut aussi l’une des premières interprètes de
Manon dans Manon Lescaut.Sa voix était décrite comme
chaleureuse, souple et très expressive plutôt que spectaculaire par le volume
seul. Les critiques de l’époque insistaient souvent sur son intelligence
musicale et son naturel scénique.
Elle participa
à la diffusion du vérisme italien, mouvement lyrique recherchant davantage de
réalisme émotionnel et dramatique.Comme beaucoup de chanteurs de cette génération, il
existe peu d’enregistrements exploitables aujourd’hui, ce qui explique qu’elle
soit moins connue du grand public que certaines contemporaines plus tardives.On la retrouve cependant dans l’histoire de l’opéra
comme une figure importante des débuts de Puccini et de la tradition lyrique
italienne de transition entre Verdi et le vérisme.
Cesira Ferrani - Sì. Mi Chiamano
Mimì - 1903 - from 78 RPM
0:00
Puccini: Manon Lescaut: In quelle trine morbide (she created this role) 2:04
Puccini: Manon Lescaut: L’ora o Tirsi 3:35
Puccini: La Bohème: Sì mi chiamano Mimi (she created this role) 6:15
Puccini: La Bohème: Addio senza rancor 8:46
Boito: Mefistofele: L’altra notte 11:00
Gounod: Faust: Il se fait tard (with Giovanni Apostolu, tenor)
Les informations connues sur la vie
privée de Cesira Ferrani sont assez limitées. Contrairement à certaines grandes
divas de son époque, elle n’a pas laissé une abondante correspondance publiée
ni fait l’objet de biographies très détaillées centrées sur sa vie personnelle.
Elle était née à Turin sous le nom de Cesira Zanazzio (ou Zanazio selon
certaines sources). Sa carrière fut principalement italienne, avec une forte
présence à Turin, Milan et dans les grands théâtres de la péninsule. Les
sources historiques parlent surtout de son activité artistique, de ses
relations professionnelles avec Giacomo Puccini et Arturo Toscanini, et
beaucoup moins de sa famille. Elle semble avoir mené une vie relativement
discrète hors scène, sans les scandales mondains parfois associés aux
chanteuses célèbres de la Belle Époque. Après sa retraite de la scène, elle
aurait enseigné le chant et vécu principalement en Italie du Nord.
Le 4 mai 1873 naissait à
Chalon-sur-Saône le compositeur français Omer Letorey.
Malgré son
talent, Omer Letorey est très peu présent dans les programmes, sans doute parce
qu’il arrive dans une période dominée par des figures écrasantes comme Claude
Debussy, Maurice Ravel ou encore Gabriel Fauré. Sa musique est souvent décrite
comme élégante, bien écrite, mais pas assez radicale pour marquer une rupture.
Dans l’histoire de la musique, ce sont souvent les compositeurs qui innovent
fortement ou qui ont une identité très distinctive qui restent. Contrairement à
d’autres, Omer Letorey n’a pas d’œuvre devenue incontournable dans les
conservatoires ou les salles de concert. Sans pièce emblématique, un
compositeur a plus de mal à s’imposer durablement. La diffusion moderne passe
beaucoup par les disques et aujourd’hui le streaming. Or, son catalogue est peu
enregistré, donc peu accessible, ce qui entretient le cercle vicieux de
l’oubli. Certains compositeurs sont portés après leur mort par des élèves, des
institutions ou des chefs d’orchestre. Omer Letorey n’a pas bénéficié d’un tel
“lobby artistique”.
The sacred song "Maria
Mater Gratiae" by French composer Omer Letorey. The soloist is Stephen
Schmall.This performance was recorded
at high mass on May 5, 1991.
Georges Thill « La Fontaine de
Caraouet » Edmond
Rostand Omer Letorey Columbia LF 250
enegistré
La vie privée de Omer Letorey est assez
discrète, et c’est en partie pour ça qu’il reste une figure peu connue
aujourd’hui. On dispose de très peu d’informations détaillées sur sa vie
personnelle (relations, famille, etc.), contrairement à des compositeurs comme Claude
Debussy ou Maurice Ravel dont la correspondance et les témoignages ont été
abondamment conservés et étudiés. Omer Letorey a été formé au Conservatoire de
Paris, où il a ensuite fait carrière. Une grande partie de sa vie s’est
déroulée dans ce cadre institutionnel, ce qui laisse penser à une existence
assez stable et tournée vers le travail artistique et pédagogique. Contrairement
à certains compositeurs de son époque, on ne lui connaît pas d’épisodes
personnels très marquants (scandales, grandes passions médiatisées, exil,
etc.). Cela ne veut pas dire qu’il n’en a pas eu, mais simplement qu’ils n’ont
pas été documentés ou transmis. Le vrai problème, c’est surtout l’absence de
documents accessibles : peu de lettres publiées, peu d’études biographiques
approfondies. En histoire de la musique, ça joue énormément, ce qu’on ne
documente pas finit souvent par disparaître. Sa vie privée reste largement dans
l’ombre, non pas forcément parce qu’elle était vide ou banale, mais parce
qu’elle n’a pas été conservée ni relayée.