Le 14 décembre 1925, il y a100 ans aujourd’hui, était créé à Berlin, l’opéra d’Alban Berg, « Wozzeck ».
L’opéra Wozzeck d’Alban Berg est considéré comme l’un des opéras les plus novateurs du XXᵉ siècle. Ses originalités sont à la fois musicales, formelles, dramatiques et esthétiques. Wozzeck est écrit dans un langage atonal (sans tonalité traditionnelle), ce qui était encore choquant pour le public de l’époque. Contrairement à une atonalité libre et chaotique, Berg impose une rigueur formelle extrême : chaque scène repose sur une forme musicale classique (suite, passacaille, fugue, rondo, variations…). Cette alliance entre modernité radicale et formes héritées est l’une des grandes originalités de l’œuvre.
L’opéra est composé de 3 actes de 5 scènes. Chaque acte suit un principe différent. Acte I : scènes fondées sur des formes musicales traditionnelles. Acte II : scènes construites selon des types de mouvements (symphonie, concerto, etc.). Acte III : scènes organisées autour d’éléments obsessionnels (une note, un rythme, un accord). Cette architecture quasi mathématique contraste avec la violence émotionnelle du drame.
Le héros n’est ni roi ni héros mythologique, mais un soldat pauvre, humilié et exploité. L’opéra met en scène la misère sociale, l’aliénation mentale, la violence institutionnelle (armée, science, morale). C’est une rupture avec l’opéra romantique ou mythologique : Wozzeck est un opéra des opprimés. Inspiré de la pièce Woyzeck de Georg Büchner, la musique et texte expriment l’angoisse, la folie, la peur et la déshumanisation. Les dissonances, les timbres extrêmes et les contrastes violents traduisent l’état psychologique des personnages plutôt que leurs sentiments lyriques. La musique devient un miroir de la psyché. Utilisation fréquente du Sprechgesang (entre parlé et chanté), la ligne vocale épouse la prosodie de la langue allemande. Les airs traditionnels disparaissent au profit d’un flux dramatique continu. La voix devient un instrument dramatique plutôt qu’un vecteur de virtuosité. Berg utilise des motifs récurrents, mais ils ne sont pas associés de manière stable à des personnages. Les motifs évoluent, se déforment et se désagrègent, reflétant la décomposition mentale de Wozzeck. C’est un héritage wagnérien profondément réinventé.
La mort de Wozzeck ne conduit à aucune rédemption. La dernière scène, avec l’enfant jouant après la mort de sa mère, est d’une froideur tragique absolue. L’opéra se termine sur un constat social implacable, sans consolation.
Alan Berg, Wozzeck
Franz Grundheber, Wozzeck
Hildegard Behrens, Marie
Walter Raffeiner, Tambourmajor
Philip Langridge, Andres
Heinz Zednik, Hauptmann
Aage Haugland, Doktor
Wiener Sängerknaben
Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker
Claudio Abbado, conductor
Int. Release 21 Nov. 1988
En savoir plus…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire