Le 29 janvier 1921, il y a 121 ans, étaient créés à Vienne, les « Kindertotenlieder », cinq lieder pour voix et orchestre, de Gustav Mahler.
Les Kindertotenlieder (1901–1904) de Gustav Mahler sont particuliers par leur sujet, leur traitement musical, leur place dans l’histoire du lied et par leur dimension existentielle. Le cycle met en musique cinq poèmes de Friedrich Rückert, écrits après la mort de deux de ses enfants. Mahler choisit donc un thème presque insoutenable : le deuil parental. À l’époque, traiter aussi directement la mort d’enfants dans une œuvre vocale n’est pas courant. Mahler en fait un sujet artistique majeur, sans sentimentalisme. Contrairement à beaucoup de musiques funèbres du XIXe siècle, Mahler évite l’emphase : pas de grandes explosions lyriques permanentes, une douleur contenue, une atmosphère de silence et de retenue L’originalité tient dans cette manière de suggérer la souffrance plutôt que de la montrer.
Mahler orchestre les lieder (ce ne sont pas de simples mélodies avec piano) en employant un orchestre est réduit, transparent, souvent chambriste. Il utilise des couleurs instrumentales très fines : hautbois plaintif, cor lointain, cordes voilées, absence fréquente de tutti. L’orchestre devient un espace psychologique, pas un accompagnement décoratif. Il transforme ainsi le genre du lied. Ce ne sont plus des miniatures intimistes mais des poèmes symphoniques en miniature. On y retrouve des procédés symphoniques comme les motifs récurrents, les transitions longues, l’architecture globale du cycle. Les Kindertotenlieder se situent entre musique vocale et symphonie. L’originalité expressive du cycle vient de son ambiguïté : la musique cherche l’apaisement mais ne trouve jamais une résolution complète. Même le dernier lied, censé être plus lumineux, reste fragile. Mahler ne propose pas une consolation religieuse nette, mais une consolation humaine incertaine.
Mahler compose cette œuvre alors que ses propres enfants sont encore vivants. Mais en 1907, sa fille Maria meurt. Cela a renforcé l’impression que cette musique touche à une vérité universelle, presque prophétique. Les Kindertotenlieder annoncent le XXe siècle par une harmonie instable, des dissonances expressives, des tonalités flottantes. Mahler explore une musique du traumatisme intérieur, proche de ce que feront plus tard Berg ou Schoenberg. L’originalité des Kindertotenlieder réside dans leur capacité unique à unir un thème radical (la mort des enfants), une expression retenue et intérieure, une orchestration d’une finesse exceptionnelle, une forme entre lied et symphonie, une modernité émotionnelle et harmonique. C’est l’un des cycles les plus bouleversants de toute la musique vocale occidentale.
Gustav Mahler - Kindertotenlieder
00:00:26 1. Nun will die Sonn‘ so hell aufgehn 00:06:48 2. Nun seh‘ ich wohl, warum so dunkle Flammen 00:12:10 3. Wenn dein Mütterlein 00:17:44 4. Oft denk‘ ich, sie sind nur ausgegangen 00:20:38 5. In diesem Wetter, in diesem Braus
Brigitte Fassbaender, Mezzosopran
Sinfonieorchester des Norddeutschen Rundfunks
Klaus Tennstedt, Dirigent
Live aufgezeichnet am 20. Mai 1980 im Kieler Schloss.
Gustav Mahler Kindertotenlieder ("Songs on the Death of Children")
00:00 I. Nun will die Sonn’ so hell aufgeh’n ("Now the sun wants to rise as brightly") 06:14 II. Nun seh’ ich wohl, warum so dunkle Flammen ("Now I see why with such dark flames") 11:59 III. Wenn dein Mütterlein ("When your mama") 17:05 IV. Oft denk’ ich, sie sind nur ausgegangen! ("I often think that they have just stepped out") 20:32 V. In diesem Wetter ("In this weather")
Christa Ludwig, mezzo-soprano
Berliner Philharmoniker
Herbert von Karajan, conductor
Studio recording, 1975
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