07 octobre 2026

charles dutoit a 90 ans aujourd’hui



 

Le 7 octobre 1936, il y a 90 ans aujourd’hui, naissait à Lausanne le chef d’orchestre suisse, Charles Dutoit.

 

 

Charles Dutoit et Martha Argerich :

 

Charles Dutoit rencontre Martha Argerich dans les années 1960. Elle est déjà une pianiste extraordinaire, couronnée notamment par sa victoire au Concours Chopin de Varsovie en 1965. Lui commence à s’imposer comme chef international. Ils se marient en 1969. De leur union naît en 1970 Annie Dutoit, qui deviendra notamment comédienne, journaliste et récitante. Mais Argerich est tout sauf une épouse conventionnelle. Elle supporte mal les contraintes, possède un tempérament extrêmement indépendant et mène une existence entièrement organisée autour de la musique, des amis et de ses déplacements. Dutoit, lui aussi, voyage constamment. Leur mariage ne dure donc que quelques années et se termine au début des années 1970. Ce qui est remarquable est l’absence apparente de rupture artistique définitive.

 

Dutoit a raconté une anecdote assez savoureuse sur leur divorce. Après être passés devant le juge, ils seraient allés ensemble au cinéma puis dîner. Cette histoire correspond assez bien à ce que l’on sait de leur relation ultérieure : le mariage était terminé, mais l’affection et surtout la confiance musicale demeuraient. Pendant des décennies, Argerich continuera ainsi à jouer sous la direction de son ancien mari. Ce n’est pas anodin. Argerich est célèbre pour être extrêmement instinctive : elle a besoin de partenaires capables de la suivre immédiatement, sans l’enfermer dans une conception trop rigide. Or Dutoit possède justement une technique de direction exceptionnellement précise et une grande expérience de l’accompagnement des solistes. Il y avait presque une complémentarité des caractères. Argerich apporte l’imprévisibilité, l’urgence, la liberté rythmique et une extraordinaire spontanéité. Dutoit apporte l’organisation, la précision orchestrale, la clarté des textures et la maîtrise des équilibres. Autrement dit, Dutoit pouvait construire autour d’elle une architecture suffisamment solide pour qu’Argerich puisse prendre des libertés sans que l’orchestre perde pied. C’est particulièrement perceptible dans leur répertoire français et russe. Ils ont notamment laissé ensemble des enregistrements très réputés de Ravel, Prokofiev et Tchaïkovski. Leur collaboration avec l’Orchestre symphonique de Montréal a aussi contribué à associer Argerich à cette période particulièrement brillante de l’orchestre.

 

Et leur fille Annie ? C’est peut-être l’aspect le plus touchant de cette histoire familiale. Annie Dutoit a souvent parlé publiquement de ses parents et apparaît très proche de tous les deux. Elle a d’ailleurs participé à des projets artistiques avec sa mère, notamment comme récitante. La famille Argerich est elle-même assez singulière : Martha a trois filles de trois pères différents — Lyda Chen, Annie Dutoit et Stéphanie Argerich — et a conservé des liens avec plusieurs de ses anciens compagnons. Cela correspond assez bien à la personnalité que ses proches décrivent : Argerich semble avoir toujours privilégié les liens affectifs durables plutôt que les structures familiales conventionnelles.

 

Le plus étonnant reste que, bien après leur divorce, Dutoit est demeuré l’un des chefs avec lesquels Argerich acceptait volontiers de jouer. C’est une marque de confiance considérable chez elle. Un soliste peut évidemment travailler avec un ancien conjoint par nécessité professionnelle ; mais lorsqu’une collaboration se poursuit pendant plusieurs décennies, dans des œuvres aussi exposées que les concertos de Ravel ou Prokofiev, cela indique une véritable compréhension musicale. On pourrait presque dire que leur mariage a échoué là où leur couple musical a réussi : ils étaient peut-être difficiles à faire vivre ensemble au quotidien, mais extraordinairement compatibles dès qu’ils entraient sur une scène.

 

Et il existe un autre aspect assez fascinant de la personnalité de Charles Dutoit : ses rapports avec les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal. Ils furent d’abord extraordinairement féconds — il transforma l’orchestre en une formation de réputation internationale — puis devinrent si conflictuels qu’ils provoquèrent son départ spectaculaire en 2002. Cette histoire permet de comprendre beaucoup mieux les deux faces du personnage.

 



Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 | Martha Argerich, Charles Dutoit & the Verbier Festival Orchestra

(00:00) Coming on stage (00:18) I. Allegro non troppo e molto maestoso (20:36) II. Andantino semplice (27:38) III. Allegro con fuoco

(35:53) Encore: Robert Schumann: “Scenes from Childhood,” Op. 15, No. 1

 



Brahms: Symphony No. 1 | Charles Dutoit & the Verbier Festival Orchestra

00:00 Coming on stage 00:12 Un poco sostenuto – Allegro 14:14 Andante sostenuto 23:13 Un poco allegretto e grazioso 27:59 Adagio – Allegro non troppo ma con brio

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Dutoit